

Cas public
Metteure en scène et chorégraphe, Angie Hiesl est également reconnue en tant que créatrice dans le domaine des arts visuels et de la performance. Active en Allemagne depuis les années 1980, elle multiplie les installations et a récolté de nombreux prix, dont le Cologne Honorary Theatre Prize de la SK-Foundation for Culture en 2001. En 1996, ses œuvres ont également été honorées du Förderpreis par le ministère de la Culture de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Elle propose son art dans des lieux publics : un pont, un ancien bain public, une gare, des couloirs de métros..., et s’intéresse depuis longtemps aux notions de flottement et de suspension.
x-fois gens chaise, créé à Cologne où habite l’artiste, a depuis été présenté dans des festivals partout en Europe ainsi qu’en Amérique du Sud. Primé au Festival international de théâtre de rue de Holzminden, le spectacle a aussi été primé au Festival de théâtre de Valladolid (Espagne).
Angie Hiesl a fondé Angie Hiesl Produktion et collabore depuis 1997 avec le chorégraphe, metteur en scène et artiste visuel Roland Kaiser. Ils créent ensemble, entre autres, TWINS — how do I know I am me… (2001), un regard troublant sur la gémellité. Ils présentent des projets interdisciplinaires toujours influencés par l’espace urbain. L’art devient accessible à tous, pour autant qu’on veuille bien l’observer. La relation entre le corps et l’architecture, entre l’humain et son environnement, les passionne particulièrement. Une invitation à regarder la réalité autrement.

Effort collectif
The Debacle a été conçu en collaboration, par la dramaturge et comédienne Susan Leblanc Crawford et la metteure en scène et comédienne Ann-Marie Kerr. Originales et innovatrices, elles sont toutes deux actives dans plusieurs villes canadiennes. Si les œuvres qu’elles ont montées relèvent pour partie du théâtre physique, certaines classiques et d’autres contemporaines, leur grand plaisir réside principalement dans la création de spectacles qui bousculent les idées reçues. Ann-Marie Kerr a monté Invisible Atom pour la compagnie 2b theatre (pièce déjà présentée dans six pays différents, actuellement en tournée internationale) et a été gratifiée d’un prix national Gina Wilkinson pour ses talents de metteure en scène. Diplômée de l’École internationale de théâtre Jacques Lecoq à Paris, elle enseigne sa méthode entre autres à l’École nationale de théâtre du Canada.
ZuppaTheatre, auparavant ZuppaCircusTheatre, compagnie d’importance à Halifax, existe depuis 1998. Formée par Susan Leblanc-Crawford, Alex McLean et Ben Stone, la compagnie propose des spectacles initialement conçus de manière collective et accorde une grande importance à l’énergie corporelle de ses interprètes. La trame dramatique est constituée d’extraits de textes, de souvenirs et de souhaits des artistes participants. Two Easy Steps to the End of the World, première collaboration de la compagnie avec Ann-Marie Kerr, a reçu trois prix Robert Merritt en Nouvelle-Écosse. Créé en 2011, The Debacle a auparavant été présenté à Halifax et à Toronto.

Décaler les regards
En janvier 2000, un objet théâtral atypique intitulé Novembre était présenté sur la scène du Studio du Monument-National : 16 comédiens jouaient verbatim des paroles prononcées lors de la campagne électorale québécoise de novembre 1998. Avec cette création, écrite par Annabel Soutar et mise en scène par Alex Ivanovici — qui, encore aujourd’hui, codirigent la compagnie —Porte Parole venait d’entrer en scène. Dans ce premier spectacle étaient déjà présentes les lignes de forces de leur démarche artistique : collecte de paroles, montage du matériau avec le souci d’une multiplication des points de vue, mise en valeur de la nature ambigüe des objets sociaux et politiques, recherche des enjeux réels derrière les enjeux apparents, le tout dans une perspective citoyenne. Ainsi, Porte Parole s’est intéressée entre autres aux marchés financiers (2000 Questions, 2002), à l’immigration algérienne (Montréal la Blanche, 2004), aux échanges économiques entre le Canada et la Chine (Import/Export, 2008) et à la construction des infrastructures routières (Sexy béton, 2009-2010). Principale auteure de la compagnie, Annabel Soutar est née à Montréal ; elle a été formée en théâtre documentaire par Emily Mann au cours de ses études à l’Université de Princeton.
Pour Seeds, Porte Parole s’engage dans une première collaboration avec Chris Abraham, le directeur artistique du Crow’s Theatre de Toronto : artiste engagé, à l’étonnante envergure — sa pratique va de Sophocle à John Mighton en passant par Ionesco —, il est préoccupé par la mise en forme théâtrale des enjeux philosophiques et politiques contemporains.

Mathématique de l’espace et du temps
Figure de proue de la danse contemporaine, reconnue pour l’acuité de sa compréhension de la musique, Anne Teresa De Keersmaeker s’impose sur la scène internationale au tout début des années 1980 avec le duo Fase, Four Movements to the Music of Steve Reich, présenté en 2008 à l’Usine C, et la pièce de groupe Rosas danst Rosas, laquelle inspire le nom de sa compagnie. En 1995, Rosas s’allie au prestigieux Théâtre de la Monnaie de Bruxelles — où elle a été en résidence de 1992 à 2007 — pour fonder la célèbre école internationale P.A.R.T.S. (Performing Arts Research and Training Studios) et former des générations d’artistes accomplis sous la direction de la chorégraphe. Habituée du FIND où elle a été programmée cinq fois, la compagnie prend l’affiche du FTA avec En Atendant (2010) et Cesena (2011), écrites sur la musique de l’ars subtilior.
Actualiser la musique d’antan
Ethnomusicologue et anthropologue de formation, Björn Schmelzer vit à Anvers où il a fondé le collectif expérimental graindelavoix en 1999. Passionné de musiques anciennes, il emprunte des voies inusitées pour donner à la musique d’époque la possibilité d’un plein déploiement au présent, magnifiant toutes les qualités et les nuances de l’instrument de la voix. Les connaissances et le savoir-faire de l’interprète sont investis dans l’ornementation, l’improvisation, le phrasé et le geste pour exalter les œuvres bien au-delà des partitions et réactualiser ainsi les sonorités du passé et les images qui s’en dégagent. Une démarche d’exception qui a trouvé de nouveaux champs d’expérimentation dans la collaboration avec Rosas.

Mathématique de l’espace et du temps
Figure de proue de la danse contemporaine, reconnue pour l’acuité de sa compréhension de la musique, Anne Teresa De Keersmaeker s’impose sur la scène internationale au tout début des années 1980 avec le duo Fase, Four Movements to the Music of Steve Reich, présenté en 2008 à l’Usine C, et la pièce de groupe Rosas danst Rosas, laquelle inspire le nom de sa compagnie. En 1995, Rosas s’allie au prestigieux Théâtre de la Monnaie de Bruxelles — où elle a été en résidence de 1992 à 2007 — pour fonder la célèbre école internationale P.A.R.T.S. (Performing Arts Research and Training Studios) et former des générations d’artistes accomplis sous la direction de la chorégraphe. Habituée du FIND où elle a été programmée cinq fois, la compagnie prend l’affiche du FTA avec deux créations récentes.
D’abord caractérisée par des combinaisons répétitives et une énergie cyclique, l’œuvre d’Anne Teresa De Keersmaeker évolue vers des formes résolument marquées par la complexité rythmique et la géométrie spatiale. Émaillée de quelques incursions dans l’univers cinématographique, elle se partage entre des pièces abstraites de danse pure telles que Fase, Rain ou Drumming et des créations multidisciplinaires intégrant le texte, la voix ou des images filmées comme Elena’s Aria et Stella. L’écriture est précise, rigoureuse et énergique. Au fil des ans, la chorégraphe a tissé une relation privilégiée avec le compositeur Steve Reich et s’est ouverte à toutes sortes d’influences musicales, de Monteverdi et Mozart à Ligeti et Coltrane. Après avoir chorégraphié le silence dans The Song et plongé dans le romantisme du XIXe siècle pour 3Abschied, cocréé avec Jérôme Bel, elle remonte le temps pour s’intéresser à l’ars subtilior dans En Atendant (2010) et Cesena (2011).

Électrons libres
Antoine Defoort et Halory Goerger sont musiciens, acteurs, philosophes, farceurs, artistes et inventeurs, dans le désordre. L’Amicale de production, qui les réunit, coopérative de projets développés par différentes personnes, permet une totale indépendance de chaque équipe de création.
Leurs spectacles, déjantés et ingénieux, bousculent les codes de la représentation. Séparément, chacun s’adonne à différents genres artistiques en les mélangeant allègrement, que ce soit des fausses publicités de danse sur vidéo, de la poésie sonore, un tube de Kraftwerk chanté par une chorale, des installations interactives... Chacun propose également un spectacle solo ; Indigence = élégance pour Antoine Defoort (présenté à Montréal et à Québec en 2010), Métrage variable pour Halory Goerger. S’ils affirment pratiquer le coq-à-l’âne, le spectateur crée ses propres liens, sort de ces expériences éberlué et stimulé. Les curieux peuvent visionner la saison 1 de Bonjour Concert, « campagne publicitaire commandée par on ne sait trop quelle institution », à voir sur http://vimeo.com/12710864.
&&&&& & &&&, sous-titré « Un spectacle de câble et d’épée », a été créé en France et a tourné en Belgique, en Suisse, au Portugal et en Autriche. Une version « spectacle frontal » existe aussi, on l’appelle alors simplement &.

Benoît Lachambre, le corps dans tous ses états
Ancrant résolument ses créations dans le somatique, le chorégraphe-interprète québécois a fortement marqué la scène européenne au cours de la dernière décennie et ses ateliers sur l’hyper éveil des sens sont prisés à l’international depuis une quinzaine d’années. En 1996, il fonde par b.l.eux (Benoît Lachambre et eux) pour créer des œuvres interdisciplinaires en collaboration avec des artistes de tous bords, dont Boris Charmatz, Sasha Waltz, Marie Chouinard ainsi que Meg Stuart et Hahn Rowe avec lesquels il a remporté un prix Bessie pour Forgeries, Love and Other Matters. Déjà programmé au FTA avec 100 rencontres (2005), Is You Me (2008, avec Louise Lecavalier et Laurent Goldring) et Body-Scan (2009, avec Su-Feh Lee), il participe régulièrement à des productions extérieures à sa compagnie et répond aussi à des commandes chorégraphiques telles que “I” Is Memory pour Louise Lecavalier ou JJ’s Voice pour le Cullberg Ballet à Stockholm. En 2011, il a signé un solo pour Clara Furey dans le projet collectif Danse à 10.
Clara Furey, les arts dans la peau
Auteure-compositrice-interprète et danseuse, la très charismatique Clara Furey travaille sur tous les fronts depuis sa sortie de LADMMI, l’école de danse contemporaine. Avant de rencontrer Benoît Lachambre, avec qui elle a déjà collaboré deux fois, elle a travaillé avec les chorégraphes David Pressault, Pierre Lecours, George Stamos et Danièle Desnoyers (Là où je vis, FTA, 2008) et elle a dansé récemment une chorégraphie de Damien Jalet dans l’opéra Red Waters, mis en scène par Arthur Nauzyciel. Elle a aussi joué dans trois films et s’est particulièrement illustrée au théâtre dans Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent (FTA, 2008) et Dans les charbons de Loui Mauffette. Elle collabore actuellement avec Céline Bonnier avec qui elle a cocréé Hello… How are you? en 2011. Enfin, la Carte blanche offerte au Théâtre de Quat’Sous lui a permis de faire valoir ses talents de musicienne, tout comme la tournée française avec son père, Lewis Furey, qui demeure encore aujourd’hui son plus précieux mentor.

Mathématique de l’espace et du temps
Figure de proue de la danse contemporaine, reconnue pour l’acuité de sa compréhension de la musique, Anne Teresa De Keersmaeker s’impose sur la scène internationale au tout début des années 1980 avec le duo Fase, Four Movements to the Music of Steve Reich, présenté en 2008 à l’Usine C, et la pièce de groupe Rosas danst Rosas, laquelle inspire le nom de sa compagnie. En 1995, Rosas s’allie au prestigieux Théâtre de la Monnaie de Bruxelles — où elle a été en résidence de 1992 à 2007 — pour fonder la célèbre école internationale P.A.R.T.S. (Performing Arts Research and Training Studios) et former des générations d’artistes accomplis sous la direction de la chorégraphe. Habituée du FIND où elle a été programmée cinq fois, la compagnie prend l’affiche du FTA avec En Atendant (2010) et Cesena (2011), écrites sur la musique de l’ars subtilior.
Actualiser la musique d’antan
Ethnomusicologue et anthropologue de formation, Björn Schmelzer vit à Anvers où il a fondé le collectif expérimental graindelavoix en 1999. Passionné de musiques anciennes, il emprunte des voies inusitées pour donner à la musique d’époque la possibilité d’un plein déploiement au présent, magnifiant toutes les qualités et les nuances de l’instrument de la voix. Les connaissances et le savoir-faire de l’interprète sont investis dans l’ornementation, l’improvisation, le phrasé et le geste pour exalter les œuvres bien au-delà des partitions et réactualiser ainsi les sonorités du passé et les images qui s’en dégagent. Une démarche d’exception qui a trouvé de nouveaux champs d’expérimentation dans la collaboration avec Rosas.

Créateurs sans frontières et sans tabous
À l’occasion du programme DanceWeb du festival ImPulsTanz de Vienne en 2008, Cecilia Bengolea, François Chaignaud, Marlene Monteiro Freitas et Trajal Harrell se rencontrent. Un dialogue soutenu naît entre les quatre chorégraphes qui, deux ans plus tard, cosignent (M)IMOSA, créée en 2011 à New York. L’œuvre s’inscrit dans une recherche qu’Harrell mène depuis 2001. Elle est la version (M) de Twenty Looks or Paris is Burning at The Judson Church que le chorégraphe et danseur new-yorkais a décliné en cinq formats allant de (XS) à (XL) pour explorer les possibles croisements entre les codes du voguing, né dans le Harlem homosexuel et transsexuel des années 1960, et ceux de la danse postmoderne qui s’est développée à la même époque à Greenwich Village.
Si tous ces artistes mènent de fructueuses carrières individuelles, le Français François Chaignaud et l’Argentine Cecilia Bengolea ont déjà défrayé la chronique avec des œuvres qu’ils créent ensemble depuis 2005 au sein de la structure VLOVAJOB. Ils explorent par exemple les territoires chorégraphiques de l’intimité corporelle au moyen de godemichés dans Pâquerette, qui leur a valu, avec Sylphides, le Prix de la révélation chorégraphique du Syndicat de la critique en 2009. Ou encore, ils évoluent en suspension au-dessus de spectateurs allongés au sol dans Castor et Pollux. Quant à la Capverdienne Marlene Monteiro Freitas, elle est désormais établie à Lisbonne, Elle y a cofondé avec Tânia Carvalho le collectif Bomba Suicida (But from me I can’t escape, Have patience, FTA, 2010) et signé une demi-douzaine de chorégraphies.

Décaler les regards
En janvier 2000, un objet théâtral atypique intitulé Novembre était présenté sur la scène du Studio du Monument-National : 16 comédiens jouaient verbatim des paroles prononcées lors de la campagne électorale québécoise de novembre 1998. Avec cette création, écrite par Annabel Soutar et mise en scène par Alex Ivanovici — qui, encore aujourd’hui, codirigent la compagnie —Porte Parole venait d’entrer en scène. Dans ce premier spectacle étaient déjà présentes les lignes de forces de leur démarche artistique : collecte de paroles, montage du matériau avec le souci d’une multiplication des points de vue, mise en valeur de la nature ambigüe des objets sociaux et politiques, recherche des enjeux réels derrière les enjeux apparents, le tout dans une perspective citoyenne. Ainsi, Porte Parole s’est intéressée entre autres aux marchés financiers (2000 Questions, 2002), à l’immigration algérienne (Montréal la Blanche, 2004), aux échanges économiques entre le Canada et la Chine (Import/Export, 2008) et à la construction des infrastructures routières (Sexy béton, 2009-2010). Principale auteure de la compagnie, Annabel Soutar est née à Montréal ; elle a été formée en théâtre documentaire par Emily Mann au cours de ses études à l’Université de Princeton.
Pour Seeds, Porte Parole s’engage dans une première collaboration avec Chris Abraham, le directeur artistique du Crow’s Theatre de Toronto : artiste engagé, à l’étonnante envergure — sa pratique va de Sophocle à John Mighton en passant par Ionesco —, il est préoccupé par la mise en forme théâtrale des enjeux philosophiques et politiques contemporains.

Benoît Lachambre, le corps dans tous ses états
Ancrant résolument ses créations dans le somatique, le chorégraphe-interprète québécois a fortement marqué la scène européenne au cours de la dernière décennie et ses ateliers sur l’hyper éveil des sens sont prisés à l’international depuis une quinzaine d’années. En 1996, il fonde par b.l.eux (Benoît Lachambre et eux) pour créer des œuvres interdisciplinaires en collaboration avec des artistes de tous bords, dont Boris Charmatz, Sasha Waltz, Marie Chouinard ainsi que Meg Stuart et Hahn Rowe avec lesquels il a remporté un prix Bessie pour Forgeries, Love and Other Matters. Déjà programmé au FTA avec 100 rencontres (2005), Is You Me (2008, avec Louise Lecavalier et Laurent Goldring) et Body-Scan (2009, avec Su-Feh Lee), il participe régulièrement à des productions extérieures à sa compagnie et répond aussi à des commandes chorégraphiques telles que “I” Is Memory pour Louise Lecavalier ou JJ’s Voice pour le Cullberg Ballet à Stockholm. En 2011, il a signé un solo pour Clara Furey dans le projet collectif Danse à 10.
Clara Furey, les arts dans la peau
Auteure-compositrice-interprète et danseuse, la très charismatique Clara Furey travaille sur tous les fronts depuis sa sortie de LADMMI, l’école de danse contemporaine. Avant de rencontrer Benoît Lachambre, avec qui elle a déjà collaboré deux fois, elle a travaillé avec les chorégraphes David Pressault, Pierre Lecours, George Stamos et Danièle Desnoyers (Là où je vis, FTA, 2008) et elle a dansé récemment une chorégraphie de Damien Jalet dans l’opéra Red Waters, mis en scène par Arthur Nauzyciel. Elle a aussi joué dans trois films et s’est particulièrement illustrée au théâtre dans Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent (FTA, 2008) et Dans les charbons de Loui Mauffette. Elle collabore actuellement avec Céline Bonnier avec qui elle a cocréé Hello… How are you? en 2011. Enfin, la Carte blanche offerte au Théâtre de Quat’Sous lui a permis de faire valoir ses talents de musicienne, tout comme la tournée française avec son père, Lewis Furey, qui demeure encore aujourd’hui son plus précieux mentor.

Conquérir de nouveaux territoires
Active sur la scène professionnelle depuis plus de 20 ans, Dana Gingras a modifié le paysage chorégraphique canadien avec la compagnie The Holy Body Tattoo, cofondée avec Noam Gagnon à Vancouver en 1993. Pendant près de 15 ans, les chorégraphes-interprètes se distinguent par des œuvres intenses et une gestuelle d’un grand dynamisme. Parmi celles-ci, our brief eternity, créée en 1996, leur vaut un prix Dora Mavor Moore. En 2006, désireuse de creuser librement le dialogue déjà amorcé avec le multimédia et d’en nouer un plus intime avec le film, tout en se dégageant des attentes suscitées par cette compagnie quasi mythique, Dana Gingras fonde une structure parallèle, Animals of Distinction. La démarche artistique qu’elle y développe concentre bien vite tous ses intérêts et ses activités.
Créée en 2008 au FTA, la série de solos et duos regroupée dans Smash Up combine avec intelligence et originalité danse et film d’animation. Elle donnera lieu à la réalisation des courts métrages Aurelia et Double Bubble, produits par la chaine Bravo! tout comme le duo danseuse et ours de Dances for Dzama. Artiste associée au Centre national des Arts du Canada, la passionnée de cinéma réalise aussi l’installation vidéo What is Mine is Yours avant de se lancer de front, en 2011, dans la création de New Animal pour The 605 Collective et Heart As Arena.

Le chorégraphe de l’impossible
Formé au sein du Groupe Nouvelle Aire où il commence à chorégraphier en 1977, Daniel Léveillé travaille longtemps comme chorégraphe indépendant avant de fonder Daniel Léveillé Danse, en 1991. Tandis qu’il signe des œuvres pour diverses compagnies de danse et de théâtre, il entre à l’UQAM comme professeur de composition et de chorégraphie. Il occupera ce poste de 1988 à 2012, menant de front une double carrière et précisant sa vision sans se soumettre aux diktats du marché de l’art. En 2001, Amour, acide et noix établit sa réputation sur la scène internationale où il présentera aussi La pudeur des icebergs et Lecrépuscule des océans (FTA, 2007), les deux autres pièces de sa trilogie Anatomie de l’imperfection.
Marginalité, passion et sexualité sont les thèmes d’œuvres de jeunesse comme Voyeurisme ou Écris-moi n’importe quoi, qui s’inscrivent alors dans la mouvance de la théâtralité. En 1989, il explore l’intimité organique et amorce, avec la série Traces, le virage vers la gestuelle qui le caractérise aujourd’hui. Développant une écriture faite de répétitions et de phrases courtes, il imagine des partitions chorégraphiques impossibles pour révéler la beauté de l’être dans son imperfection et choisit la nudité pour évacuer toute feinte possible. Avec Solitudes solo, il confirme le retour du costume et d’une gestuelle moins statique esquissé dans Le crépuscule des océans.

D’abstraction et d’émotion
Quand elle amorce sa carrière en 1986 avec Des héros désaffectés, Danièle Desnoyers s’inscrit à contre-courant des tendances en sondant l’expressivité du corps à travers un minimalisme gestuel. C’est d’ailleurs de l’anatomie qu’elle tire le nom de sa compagnie, Le Carré des Lombes, qu’elle fonde en 1989. Et si elle développe un langage plus foisonnant ainsi qu’une dextérité dans la vitesse avec Du souffle de sa tourmente, j’ai vu, qui lui vaut une reconnaissance internationale dès 1994, c’est avec Discordantia, présentée au FIND en 1997, qu’elle entame un cycle de création où elle place le corps en dialogue avec des environnements sonores complexes, parfois dissonants. Duo pour corps et instruments compte parmi les œuvres marquantes de cette période qui s’achève avec Play it again! Après Là où je vis (FTA, 2008), qui conjugue danse et arts visuels, la chorégraphe québécoise délaisse momentanément toute collaboration interdisciplinaire pour exalter le plaisir de danser dans Dévorer le ciel, puis l’expressivité du corps dans Sous la peau, la nuit.
Mettant en scène des distributions solides composées de personnalités fortes, les œuvres de Danièle Desnoyers portent en elles la dualité du monde. Navigant entre formalisme et déconstruction, ordre et chaos, rigueur et folie, tonicité et relâchement, elles affichent une signature volubile, généreuse et tout en finesse, d’où se dégagent humour et sensualité.

Se donner les moyens de la singularité
Comédien, musicien, metteur en scène et auteur, Emmanuel Schwartz mène simultanément depuis sa sortie de l’option-théâtre du collège Lionel-Groulx en 2004 une série de démarches artistiques radicales, en complicité avec des artistes comme le chorégraphe Dave St-Pierre, le réalisateur Denis Villeneuve, l’auteur et metteur en scène Olivier Kemeid, le metteur en scène Marc Beaupré — pour qui il a été un Caligula à la hauteur des cauchemars d’aujourd’hui — et l’auteur-metteur en scène Wajdi Mouawad, dont il a mémorablement interprété le Wilfrid de Littoral. Créateur atypique, déjà porteur d’un grand souffle furieux, Emmanuel Schwartz travaille dans ses œuvres à harnacher la force antique des mythes pour donner à voir ce qui se joue réellement dans les conflits policés qui tissent la vie contemporaine.
En 2005, Emmanuel Schwartz et Wajdi Mouawad ont fondé Abé Carré Cé Carré. Cette compagnie que dirigent les deux artistes — l’un juif, l’autre arabe, chacun à tour de rôle devenant l’outil de l’autre — a donné tout autant la tétralogie du Sang des promesses de Wajdi Mouawad (2009) que les Chroniques d’Emmanuel Schwartz (2010). Elle se veut un lieu de dialogue entre deux artistes singuliers et un pôle de création ouvert au travail de longue haleine pour lequel les modes de production standards sont inadéquats.

Artistes sans frontières
Pour la compagnie italienne Motus, il n’existe pas de frontières. Ni entre les pays, ni entre les époques, ni entre les disciplines, ni entre l’art et l’engagement social. Libres penseurs ayant parcouru les scènes du monde, la dramaturge Daniela Nicolò et le metteur en scène Enrico Casagrande, entité bicéphale à qui l’on doit la création de Motus en 1991, associent la vidéo, les installations, la poésie et la danse à leur théâtre. Ils intègrent les œuvres de leurs maîtres à penser (Splendid’s, de Jean Genet ; Théorème, de Pier Paolo Pasolini ; Preparadise Sorry Now, de Rainer Werner Fassbinder) à des productions où l’innovation artistique et la prise de position politique ne font qu’un. L’indomptable originalité et l’incontestable qualité du travail de Motus lui ont valu plusieurs distinctions, dont le convoité Prix spécial Ubu en 2002 pour le projet Rooms. L’actrice italienne Silvia Calderoni, actrice-protagoniste des spectacles de Motus depuis 2006, a aussi reçu le Prix Ubu 2009 de la meilleure actrice de moins de 30 ans.
En 2002 et en 2005, la compagnie présente respectivement CRAC et Twin Rooms à Montréal. Le FTA propose cette fois Too Late! (antigone) contest #2 ainsi qu’Alexis. Una tragedia greca, deux des quatre spectacles qui constituent le projet Syrma Antigónes, avec Let the Sunshine In (antigone) contest #1 et Iovadovia (antigone) contest #3. Élaborée entre 2008 et 2010, cette série de trois « contests » (duos entre la confrontation et le dialogue d’acteurs) et une finale consiste à cerner l’esprit d’Antigone qui subsiste parmi nos contemporains.

Artistes sans frontières
Pour la compagnie italienne Motus, il n’existe pas de frontières. Ni entre les pays, ni entre les époques, ni entre les disciplines, ni entre l’art et l’engagement social. Libres penseurs ayant parcouru les scènes du monde, la dramaturge Daniela Nicolò et le metteur en scène Enrico Casagrande, à qui l’on doit la création de Motus en 1991, associent la vidéo, les installations, la poésie et la danse à leur théâtre. Qui plus est, ils intègrent les œuvres ayant marqué l’histoire (Splendid’s, de Jean Genet ; Théorème, de Pier Paolo Pasolini ; Preparadise Sorry Now, de Rainer Werner Fassbinder) à des productions d’une contemporanéité achevée, où l’innovation artistique et la prise de position politique ne font qu’un. L’indomptable originalité et l’incontestable qualité du travail de Motus lui ont valu plusieurs distinctions, dont le convoité Prix spécial Ubu. En 2002 et en 2005, la compagnie présenta respectivement CRAC et Twin Rooms à Montréal. Le FTA propose cette fois au public de la métropole Too Late! (antigone) contest #2 ainsi qu’Alexis. Una tragedia greca, deux des quatre spectacles, outre Let the Sunshine In (antigone) contest #1 et Iovadovia (antigone) contest #3, qui constituent le projet Syrma Antigónes. Élaboré entre 2008 et 2010, celui-ci consiste à cerner l’esprit d’Antigone, symbole d’intégrité et de révolte du peuple envers les autorités, qui subsiste parmi nos contemporains.

Cyberartiste
Gregory Chatonsky possède un parcours atypique; d’abord peintre, il s’intéresse autant à l’œuvre artistique qu’au discours sur l’art. Il a étudié la philosophie à la Sorbonne et l’art multimédia aux Beaux-arts de Paris. Cette double formation lui permet d’élaborer des projets d’art numérique qui interrogent notre rapport aux nouvelles technologies.
Il fonde en 1994 le collectif incident.net, site qui interroge l’imprévisible et la fiction interactive. Il conçoit les sites de la villa Médicis à Rome et du Centre Pompidou à Paris. Le prix Moebius, dédié à la valorisation des multimédias, lui est décerné en 1999. Extrêmement actif sur la scène internationale depuis plus de 10 ans, il participe à des projets multimédia en Europe, aux États-Unis, en Australie, en Chine et ailleurs. Certaines de ses œuvres font partie des collections de grandes institutions telles que la Maison européenne de la photographie. Conférencier, auteur de plusieurs articles spécialisés et chercheur, il enseigne les arts médiatiques à l’UQAM depuis 2006.
Ses installations suscitent l’étonnement, impressionnent par leur virtuosité technique et les émotions qu’elles provoquent. Présent à l’édition 2011 de la Biennale de Montréal avec une œuvre intitulée Notre mémoire, il poursuit ses recherches sur les possibilités narratives des nouvelles technologies.

Sens de la vie et danse-théâtre
Originaire de São Paulo, Guilherme Botelho tombe en amour avec la danse à 14 ans en voyant un spectacle d’Oscar Araiz. Cinq ans plus tard, il rejoint le chorégraphe argentin au Ballet du Grand Théâtre de Genève. Il y dansera 10 ans avant de fonder sa compagnie, Alias, en 1994, où il traite de grands thèmes de la condition humaine dans des chorégraphies théâtrales : quête éperdue de l’amour dans En manque, sa première création, violence conjugale, masques des apparences, manipulations génétiques dans Frankenstein!… La notion de destin est présente dans son œuvre par la voie de l’accident et de choses qui tombent du ciel : eau, papier, lumière, plaques de plâtre… Ses décors sont souvent impressionnants, comme cette cabane à la dérive sur la vague immobile de Vaguement derrière, entrée au répertoire du Ballet du Tanztheater Bielefeld. Et si sa plus récente création, Jetuilnousvousils, s’inscrit dans la lignée de Sideways Rain quant à la dynamique théâtrale plus abstraite, le principe de répétition qui les caractérise était déjà à l’œuvre dans Approcher la poussière et Le poids des éponges. Auteur d’une vingtaine de chorégraphies présentées par Alias sur quatre continents, il est régulièrement sollicité par diverses compagnies. Il a notamment créé un Roméo et Juliette pour les 25 ans du Ballet junior de Genève auquel il a été associé de 2008 à 2010.

Électrons libres
Antoine Defoort et Halory Goerger sont musiciens, acteurs, philosophes, farceurs, artistes et inventeurs, dans le désordre. L’Amicale de production, qui les réunit, coopérative de projets développés par différentes personnes, permet une totale indépendance de chaque équipe de création.
Leurs spectacles, déjantés et ingénieux, bousculent les codes de la représentation. Séparément, chacun s’adonne à différents genres artistiques en les mélangeant allègrement, que ce soit des fausses publicités de danse sur vidéo, de la poésie sonore, un tube de Kraftwerk chanté par une chorale, des installations interactives... Chacun propose également un spectacle solo ; Indigence = élégance pour Antoine Defoort (présenté à Montréal et à Québec en 2010), Métrage variable pour Halory Goerger. S’ils affirment pratiquer le coq-à-l’âne, le spectateur crée ses propres liens, sort de ces expériences éberlué et stimulé. Les curieux peuvent visionner la saison 1 de Bonjour Concert, « campagne publicitaire commandée par on ne sait trop quelle institution », à voir sur http://vimeo.com/12710864.
&&&&& & &&&, sous-titré « Un spectacle de câble et d’épée », a été créé en France et a tourné en Belgique, en Suisse, au Portugal et en Autriche. Une version « spectacle frontal » existe aussi, on l’appelle alors simplement &.

La danse, lieu d’expériences et de rencontres
Surtout connue pour la richesse du dialogue qu’elle entretient entre danse et musique, la chorégraphe Isabelle Van Grimde est avant tout une passionnée du corps. Concentrée à en sonder les mystères depuis 1987, elle intitule ses œuvres de jeunesse Au sommet de tes côtes, Par la peau du cœur ou À l’échelle humaine. En 1992, elle baptise sa compagnie Van Grimde Corps Secrets et elle entame, en 2004, une série de grandes entrevues sur le corps qui influenceront sa gestuelle et donneront naissance à la création-exposition Le corps en question(s). La volonté de multiplier les perceptions possibles du corps qui fonde cette nouvelle œuvre compte parmi les éléments au cœur de la démarche artistique de la chorégraphe et s’est déjà exprimée dans des pièces telles que Trois vues d’un secret, Vortex et Bodies to Bodies. Parallèlement, son désir d’ouvrir les champs de perception pour ses créations se traduit dans le choix de les présenter selon le principe de l’œuvre ouverte depuis 2005 et dans des collaborations interdisciplinaires : avec des créateurs d’autres disciplines artistiques dans Perspectives Montréal (FTA, 2007) ; avec les milieux scientifiques dans Duo pour un violoncelle et un danseur (2008) et Les gestes, où des instruments de musique numériques deviennent des extensions du corps.

Trio de choc
Depuis plus de 35 ans, Pol Pelletier enchante le théâtre québécois. Elle cofonde le Théâtre Expérimental des Femmes, après avoir été du noyau de base du Théâtre expérimental de Montréal avec Ronfard et Gravel. Elle a écrit et joué en 1976 dans le mythique collectif La nef des sorcières, brûlot radical et engagé. Dans les années 1980, elle instaure le Dojo, espace unique d'entraînement pour acteurs. Au cours des années 1990, les publics du FTA ont été chavirés par les spectacles-fleuves Joie (1993) et Or (1997). Océan complète cette trilogie où elle raconte l'histoire du théâtre, des femmes et du Québec par le biais de son parcours d'artiste. Pol Pelletier a présenté Nicole c'est moi de 2004 à 2008 au Québec ainsi qu'en France, où a également été créé Une Contrée sauvage appelée Courage. En 2011, elle crée La Robe blanche et L'Événement.
Jovette Marchessault est écrivaine, peintre et sculpteure. Elle s'est attachée à décrire d'importantes figures féminines de l'histoire : La terre est trop courte, Violette Leduc (1981), Alice et Gertrude, Natalie et Renée et ce cher Ernest (1983), Anaïs dans la queue de la comète (1985). Elle a obtenu le Prix du Gouverneur général en 1992 pour Le voyage magnifique d'Emily Carr.
Jean-Jacques Lemêtre, complice d'Ariane Mnouchkine, compose les musiques des spectacles du Théâtre du Soleil depuis 1979. Multi-instrumentiste prodigieux ainsi qu'inventeur de sons, il interprète ses compositions sur scène. On l'a vu à Montréal notamment dans Le cycle des Atrides (1990) et Tambours sur la digue (1998), présentés au Festival de théâtre des Amériques.

De corps, d’espace et de temps
Formée en arts visuels à Montréal, Julie Andrée T. place d’emblée le corps et l’espace au cœur de sa démarche, déclinant d’abord son travail entre installations et performances solo. Professionnellement active dès 1996, elle a déjà présenté ses œuvres au Canada, aux États-Unis, en Europe, en Asie et en Amérique du Sud. C’est en 2003, au Festival de Théâtre des Amériques, qu’elle aborde l’espace scénique théâtral avec Problématique provisoire. Elle y explore, entre autres, la perte d’identité, s’éloignant déjà des codes de la performance pour privilégier la dimension graphique de l’œuvre. Mais c’est avec Not Waterproof / L’érosion d’un corps erroné et Rouge, présentées au Festival TransAmériques en 2009, qu’elle touche à l’objet scénique qu’elle recherche vraiment : une installation-spectacle résultant d’un parfait amalgame de matières graphiques (corps, peinture, accessoires, costumes, lumières…) et sonores. Considéré comme un objet, le corps y est souvent mis à rude épreuve.
Elle réalise ces deux œuvres, bientôt suivies de Nature morte, en collaboration avec Jean Jauvin et Laurent Maslé, deux habitués des collaborations en danse contemporaine. Le premier axe son travail sur la recherche d’une lumière vivante et sur l’installation architecturale de l’éclairage. Le second, réputé pour le caractère organique de ses environnements sonores, s’intéresse de près à l’écologie acoustique.
Invitée au Festival d’Avignon en 2010 avec Not Waterproof et Rouge, Julie Andrée T. s’est aussi illustrée comme collaboratrice artistique dans des œuvres de Jacob Wren, Martin Bélanger, Xavier Le Roy, Benoît Lachambre et Dominique Porte. Depuis 2003, elle est membre du collectif modulaire de performeurs Black Market International. Commissaire à ses heures, elle a aussi été professeure au département de performance de l’École du Musée des beaux-arts de Boston.

Off-off-théâtralité
Kelly Copper et Pavol Liška se sont rencontrés dans un cours sur le théâtre dadaïste au Dartmouth College, dans le New Hampshire. Couple dans la vie comme sur les planches, ils créent ensemble depuis plus de 15 ans. En 2003, ils fondent le Nature Theater of Oklahoma qui tire son nom d’une troupe mystérieuse offrant du travail à tous dans L’Amérique, le roman inachevé de Franz Kafka. Leur théâtre « off-off-Broadway » interroge sans cesse les limites de la théâtralité en déplaçant le quotidien sur scène et en le maquillant d’artifices théâtraux. Le résultat, pour le moins ludique et excentrique, souvent critique, allie les contraintes artificielles à l’observation de la banalité. Copper et Liška refusent le théâtre figé. Aussi, ils laissent une grande place à l’aléatoire dans leurs performances, obligeant les interprètes à une entière disponibilité.
Life and Times – Épisode 1, présenté pour la première fois à Vienne en 2009, constitue le point de départ d’une saga qui devrait compter 10 épisodes, tous tirés de l’enregistrement téléphonique dans lequel Kristin Worrall répond à la simple et vaste question de Liška : « Peux-tu nous raconter ta vie? » Au cours des dernières années, la compagnie new-yorkaise a conçu d’autres spectacles à partir d’enregistrements sonores : No Dice (2007), Romeo and Juliet (2008) et Rambo Solo (FTA, 2009).

L’art comme levier de changement
Mélanie Demers étudie la danse, le théâtre et la littérature à Québec avant de revenir à Montréal, sa ville natale, pour parfaire sa formation. En 1996, à peine diplômée de LADMMI, elle signe sa première chorégraphie, Les oubliettes, et collabore avec divers chorégraphes, dont Danièle Desnoyers et Ginette Laurin. Pendant presque huit ans, elle dansera au sein d’O Vertigo qu’elle quitte en 2006 pour se consacrer pleinement à ses projets. Elle fonde Mayday en 2007, se distanciant de la théâtralité ludique de ses œuvres de jeunesse pour marquer le début d’une démarche qui observe la condition humaine et interroge le rôle de l’artiste dans la société.
Dans un monde qu’elle perçoit au bord de l’abîme, Mélanie Demers considère le statut d’artiste comme un privilège et s’engage, entre politique et poésie, à occuper la scène avec des œuvres suscitant la réflexion. Dans les deux premières pièces produites sous l’étiquette Mayday, Les angles morts et Sauver sa peau, cette dernière cocréées en 2008 avec la Britannique Laïla Diallo, on retrouve la même puissance dramatique et la même iconographie surréaliste. Et si la scène est envahie de costumes et d’accessoires dans Junkyard/Paradis, chorégraphiée en 2010, la scénographie est épurée dans Goodbye. S’engageant volontiers à l’étranger, la créatrice mène notamment divers projets en Haïti, au Kenya et au Brésil.

30 ans et des poussières
Mokhallad Rasem a à peine 30 ans, mais déjà son œuvre est remarquée, récompensée, encensée. Son esthétique claire et sa manière fragmentée de raconter donnent des spectacles étourdissants qui dégagent un dynamisme contagieux. Fils d’un célèbre acteur irakien, Rasem a grandi dans l’amour du théâtre. Il commence sa carrière au Théâtre national de Bagdad, où il présente des œuvres du répertoire occidental, telles que Docteur Faust de Marlowe et Le songe de Strindberg. Il signe des mises en scène avec la troupe Fadaa El Timrin El Moustemer. La création Sorry, Sir, I Didn’t Mean it remporte en 2004 le Prix du meilleur spectacle à l’International Experimental Theatre Festival du Caire.
En 2005, la compagnie fait une tournée en Allemagne. Mokhallad Rasem décide alors de rester en Europe et s’installe en Belgique. À Anvers, il rejoint la compagnie de théâtre Monty avec laquelle il crée successivement BagdadBelgië.com, qui s’attarde sur les différences interculturelles entre Belges et Irakiens, et BagdadMonde.com, qui aborde plutôt la relation entre les Irakiens et le monde. Depuis sa création en 2010, Irakese Geesten a été sélectionné la même année par le Vlaams Theaterfestival (Belqique) et a remporté le Prix KBC de la création au festival Theater aan Zee 2010 (Ostende).

Les pieds dans la marge
Après une formation inachevée au Conservatoire de théâtre d’Avignon et diverses expériences à Paris, Nicolas Cantin trouve sa voie dans l’art du clown et du masque. Nourri par les enseignements de maîtres comme Mario Gonzales, il développe les éléments au cœur de son travail aujourd’hui : une présence sensible et juste, la puissance dramatique d’une gestuelle minimaliste, un sens aigu de la tension entre comique et tragique et le goût de transgresser les codes établis sans en avoir l’air. Il fait ses premiers pas dans la danse en 2005 avec Jachère, un solo de Christiane Bourget qui remporte un prix Paula Citron à Toronto. Installé à Montréal, il se présente sous les traits d’un cheval dans une première création très conceptuelle, Glass House, et se dépouille du masque dans Falaise. Il ne reviendra plus sur scène avant de danser pour Frédérick Gravel dans Tout se pète la gueule, chérie (FTA, 2010). Entre temps, il aura mis en piste Honolulu Punch pour les élèves de l’École nationale de cirque de Montréal où il enseigne, comme à l’École nationale de théâtre. Il aura aussi produit Grand singe, une brillante étude sur la rencontre d’un homme et d’une femme. En 2011, il cosigne Patinoire de la compagnie Les 7 doigts de la main ; et le duo Belle Manière, qui confirme sa maîtrise du temps et son talent à créer des œuvres puissantes dont il signe également les ambiances sonores.

Agitateur
Auteur, metteur en scène, théoricien, chorégraphe, comédien, Oliver Frljić est véritablement l'enfant terrible du théâtre d'ex-Yougoslavie. Il navigue entre théâtre de rue et institutions, entre lieux de création intime et grandes salles de répertoire. Ses pièces provoquent la discussion, suscitent des sentiments contrastés. Il joue avec les limites, entre réel et fiction, entre sphère publique et privée.
Issu de la performance, Oliver Frljić, à moins de 40 ans, propose un théâtre pamphlétaire et enflammé, qui trouve de plus en plus d'adeptes dans les Balkans. Doublement lauréat du 17e Festival international de Rijeka (Croatie) en 2010 avec Turbo Falk et Bacchantes, il obtient en 2011 la « Couronne de laurier dorée », principale récompense de la 51e édition du Festival international de théâtre MESS de Sarajevo pour Papa est en voyage d’affaires adapté du texte d’Abdulah Sidran. En novembre dernier, lors des Rencontres théâtrales de Brčko, en Bosnie, il remporte le Prix du meilleur metteur en scène pour la pièce La lettre 1920, qui traite de la Bosnie-Herzégovine d'aujourd'hui.
Le Théâtre Mladinsko (qui signifie « jeunesse » en slovène) existe depuis 1955. On y a présenté des spectacles pour enfants et jeunes jusque dans les années 1980, où il s'est peu à peu transformé pour s'intéresser aux spectacles interdisciplinaires et au théâtre de recherche aux contenus politiques. En 2008, il devient le premier théâtre slovène à recevoir le titre d'Ambassadeur culturel européen par la Commission européenne de la Culture.

L’art de redonner au présent le présent
Olivier Choinière s’affirme depuis quelques années comme l’une des figures les plus novatrices du théâtre québécois par la singularité de son écriture — entre autres avec sa pièce Félicité (2007), diffusée autant en Angleterre qu’en France, en Allemagne, en Suisse ou en Australie — et l’originalité de ses propositions scéniques, parmi lesquelles Chante avec moi (2010) et ParadiXXX (2009), où l’on doublait en direct un film pornographique. Préoccupé par les codes invisibles nés de la culture de masse et qui conditionnent le social et le politique, Choinière s’applique dans ses œuvres à détourner des formes familières afin de révéler au spectateur les filtres qui l’empêchent d’accéder au présent. Empruntant aussi bien au cinéma de série B (Agromorphobia, 2001) qu’aux lieux communs de l’Histoire (Autodafé, 1999) ou aux visites audioguidées (Bienvenue à – (une ville dont vous êtes le touriste), 2005), il travaille essentiellement à déstabiliser les attentes du public pour recadrer sa perception du réel. En 2000, il a fondé L’Activité Répétitive Grandement Grandement Libératrice (ARGGL, ou L’Activité) pour produire ses créations les plus atypiques, notamment la tragédie météorologique Jocelyne est en dépression (2002), le déambulatoire Beauté intérieure (2003) ou, en 2011, Projet blanc, un commentaire sur le théâtre et la mise en scène des classiques transmis clandestinement pendant une représentation de L’école des femmes au Théâtre du Nouveau Monde. Olivier Choinière et L’Activité font partie des fondateurs du théâtre Aux Écuries, nouveau centre de création théâtrale montréalais.

Cas public
Metteure en scène et chorégraphe, Angie Hiesl est également reconnue en tant que créatrice dans le domaine des arts visuels et de la performance. Active en Allemagne depuis les années 1980, elle multiplie les installations et a récolté de nombreux prix, dont le Cologne Honorary Theatre Prize de la SK-Foundation for Culture en 2001. En 1996, ses œuvres ont également été honorées du Förderpreis par le ministère de la Culture de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Elle propose son art dans des lieux publics : un pont, un ancien bain public, une gare, des couloirs de métros..., et s’intéresse depuis longtemps aux notions de flottement et de suspension.
x-fois gens chaise, créé à Cologne où habite l’artiste, a depuis été présenté dans des festivals partout en Europe ainsi qu’en Amérique du Sud. Primé au Festival international de théâtre de rue de Holzminden, le spectacle a aussi été primé au Festival de théâtre de Valladolid (Espagne).
Angie Hiesl a fondé Angie Hiesl Produktion et collabore depuis 1997 avec le chorégraphe, metteur en scène et artiste visuel Roland Kaiser. Ils créent ensemble, entre autres, TWINS — how do I know I am me… (2001), un regard troublant sur la gémellité. Ils présentent des projets interdisciplinaires toujours influencés par l’espace urbain. L’art devient accessible à tous, pour autant qu’on veuille bien l’observer. La relation entre le corps et l’architecture, entre l’humain et son environnement, les passionne particulièrement. Une invitation à regarder la réalité autrement.

Les pèlerins de la matière
Fondée en 1981 à Cesena, en Émilie-Romagne, par le peintre et scénographe Romeo Castellucci, la musicienne Chiara Guidi et la théoricienne Claudia Castellucci, la Socìetas Raffaello Sanzio s’est imposée sur la scène internationale comme l’une des compagnies de théâtre les plus fascinantes d’aujourd’hui par sa radicalité esthétique et la profondeur humaine de ses spectacles. Même s’il est nourri par les œuvres fondatrices de la culture occidentale — dont celles d’Eschyle, de Dante et de Shakespeare —, le théâtre de Romeo Castellucci et de la Socìetas Raffaello Sanzio se situe dans le sillage de la pensée d’Antonin Artaud où, bien plus que le texte, les corps, souvent atypiques, concentrent et condensent le sens, mis en contexte par d’étonnants déploiements sonores et visuels. Mêlant la haute technologie et l’artisanat séculaire de l’art dramatique pour créer des univers scéniques qui transposent la réalité par une série de diffractions, le théâtre de Castellucci, tout spectaculaire qu’il soit, interroge le monde d’un point de vue essentiellement humaniste. Au FTA, on a déjà pu voir de lui Orestea (una commedia organica?) (1997), Genesi. From the Museum of Sleep (1999) et Hey Girl! (2007). Parmi ses œuvres majeures, mentionnons aussi Tragedia Endogonidia (2002-2004), un cycle tragique contemporain prenant le nom des 11 villes où l’œuvre a été créée, et sa trilogie Divina Commedia — Inferno, Purgatorio e Paradiso — d’après Dante, dont la première partie a été créée au Festival d’Avignon en 2008, alors qu’il était l’artiste associé de cette édition. Cette bouleversante trilogie a été élue par le quotidien Le Monde comme le meilleur spectacle de la décennie 2000-2010.

Du corps-média au corps-écran
S’il a dansé pour Daniel Léveillé et Nicolas Cantin, entre autres, Stéphane Gladyszewski est d’abord passé par des études en photographie et en arts interdisciplinaires, et cela imprègne toute sa démarche de créateur. Après une première installation vidéo, il aborde la scène en 2003 avec In Side, où se mêlent projections vidéo, performance et objets scéniques. La fusion du corps et de l’image qu’il y opère déjà pour créer l’illusion se développe en 2005 dans Aura. Cette même année, les deux œuvres sont présentées dans le volet « Nouvelles scènes » du Festival de théâtre des Amériques. Trois ans plus tard, il peaufine sa signature dans sa première œuvre de longue durée, Corps noir, autoportrait fictif et réel offrant une percutante plongée dans l’inconscient, servie par un usage aussi sensible qu’intelligent d’un dispositif technologique savamment bidouillé dans son laboratoire. Il joue encore avec l’imagerie thermique et la persistance rétinienne dans Corps noir Annexe II, présentée lors de l’évènement Microclimats (FTA, 2009). Invité l’an dernier par La 2e Porte à Gauche à faire partie de l’aventure de Danse à 10 dans un bar de danseuses nues, l’inventeur-créateur croise à nouveau technologie et inconscient pour créer Chaleur humaine, une œuvre qui conjugue à merveille art et érotisme.

Effort collectif
The Debacle a été conçu en collaboration, par la dramaturge et comédienne Susan Leblanc Crawford et la metteure en scène et comédienne Ann-Marie Kerr. Originales et innovatrices, elles sont toutes deux actives dans plusieurs villes canadiennes. Si les œuvres qu’elles ont montées relèvent pour partie du théâtre physique, certaines classiques et d’autres contemporaines, leur grand plaisir réside principalement dans la création de spectacles qui bousculent les idées reçues. Ann-Marie Kerr a monté Invisible Atom pour la compagnie 2b theatre (pièce déjà présentée dans six pays différents, actuellement en tournée internationale) et a été gratifiée d’un prix national Gina Wilkinson pour ses talents de metteure en scène. Diplômée de l’École internationale de théâtre Jacques Lecoq à Paris, elle enseigne sa méthode entre autres à l’École nationale de théâtre du Canada.
ZuppaTheatre, auparavant ZuppaCircusTheatre, compagnie d’importance à Halifax, existe depuis 1998. Formée par Susan Leblanc-Crawford, Alex McLean et Ben Stone, la compagnie propose des spectacles initialement conçus de manière collective et accorde une grande importance à l’énergie corporelle de ses interprètes. La trame dramatique est constituée d’extraits de textes, de souvenirs et de souhaits des artistes participants. Two Easy Steps to the End of the World, première collaboration de la compagnie avec Ann-Marie Kerr, a reçu trois prix Robert Merritt en Nouvelle-Écosse. Créé en 2011, The Debacle a auparavant été présenté à Halifax et à Toronto.

Transcender les traditions
C’est à Marrakech, sa ville natale, que Taoufiq Izeddiou se découvre une passion pour la danse contemporaine après quelques cours de classique et de jazz moderne. Au fil d’une formation qu’il qualifie de « sauvage », il trouve des maîtres dans les figures de chorégraphes comme Joseph Nadj, Daniel Larrieu, Héla Fattoumi et Éric Lamoureux. La rencontre du Franco-Guyano-Vietnamien Bernardo Montet, directeur du Centre chorégraphique national de Tours, lui ouvre la scène professionnelle en 1997. Pendant huit ans, ils partageront leurs questionnements sur l’origine et sur l’identité.
Parallèlement à sa carrière de danseur, Taoufiq Izeddiou signe sa première chorégraphie en 2000. L’année suivante, le solo Danse Nord le place sur la carte du monde chorégraphique. En 2003, le succès de la pièce de groupe Fina K’enti dans les communautés arabes l’incite à fonder Anania, première compagnie de danse contemporaine au Maroc, avec les chorégraphes Bouchra Ouizguen et Said Aït El Moumen. Deux ans plus tard, il crée le festival de danse On marche, et la mise en place d’un nécessaire programme de formation le décide bientôt à passer son diplôme d’État en France pour renforcer ses compétences pédagogiques. Toujours à cheval entre les deux pays, il crée des œuvres qui explorent l’hypocrisie sociale, les tensions entre tradition et modernité, entre nord et sud, et qui libèrent les corps à la faveur de la nuit. Après Cœur sans corps, Déserts désirs et Aataba, entre autres, Aaléef est sa neuvième création.

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